Kaohsiung pvt taiwan valise volante

Une année de PVT à Taïwan, par Céline

A la suite de ton PVT en Nouvelle-Zélande tu avais envies de poursuivre ton exploration du monde. Comment en es-tu venue à prendre un PVT pour Taïwan ? Pourquoi avoir choisi Taïwan ?
C’est la question que tous les Taiwanais me posent ! En fait je suis rentrée en France en juin 2016, l’été où la France signait des accords de PVT avec Taiwan et le Mexique. Moi, en rentrant, je savais déjà que je voulais repartir, et j’hésitais entre un PVT Japon et un PVT Argentine. Mais d’abord, je voulais me faire un peu d’argent. Il m’a fallu 9 mois avant de repartir (alors que j’en planifiais 6 au grand maximum !) le temps de reprendre mes repères, retrouver un job, un logement et évidemment préparer mon départ.
J’ai longuement hésité sur la destination. Au Japon et à l’Argentine se sont ajoutés le Chili, le Mexique et Taiwan. Toujours cette hésitation entre l’Amérique latine et l’Asie. Après la Nouvelle-Zélande, je voulais un choc culturel, ce que la Nouvelle-Zélande m’avait peu apportée. Je voulais vraiment découvrir une autre langue, une autre culture, je voulais être un peu perdue, tester mes limites. J’en ai fait des tableaux de comparaison, des recherches, mais rien n’y faisait, je ne savais pas comment choisir.
Je ne connaissais presque rien de Taiwan avant de partir, et c’est peut-être ce qui a motivé mon choix. Le Japon, j’en rêvais de vivre là-bas, mais honnêtement la vie y est très chère, et avec la barrière de la langue ce n’est pas évident de se débrouiller uniquement avec des volontariats. Alors que Taiwan est beaucoup plus abordable, dans le cas où je ne trouvais pas de job. Dans mes recherches, j’y ai appris son histoire compliquée avec la Chine, mais aussi avec le Japon, et j’ai découvert de somptueux paysages montagneux. C’est donc comme ça que je me suis lancée, parmi les premières vagues de PVTistes Français.
Est-ce que tu travailles sur place ? Comment as tu trouvé ta mission de prof d’Anglais ?
Hors de la capitale, Taipei, ce n’est pas forcément évident de trouver un job sans parler Chinois ! Pour être prof (de Français ou d’Anglais, d’ailleurs) il faut être né dans le pays et avoir quelques qualifications. Ce que je n’ai pas… Et comme il est apparu évident que je ne voulais pas vivre dans la capitale et que je suis tombée amoureuse d’Hualien et de la Côte Est, je suis toujours en volontariat ici, dans un hostel.
En parallèle, je donne des cours particuliers d’Anglais à une jeune fille de 8 ans. J’ai trouvé ce job par hasard sur le site http://www.tealit.com/ qui recense les offres d’emplois de profs d’Anglais. Je n‘avais jamais enseigné auparavant, et j’avais vraiment peur de faire des boulettes, surtout que l’Anglais n’est pas ma langue maternelle ! Mais je suis en train de découvrir un équilibre avec mon élève, où l’on varie jeux, dessins, et exercices. Ses parents sont adorables, ils ont toujours quelques douceurs à manger pour moi !

Champ de thé - Luye pvt à taiwan valise volante par nasei

Où est-ce que tu es hébergée ? Comment as-tu trouvé ce logement ?
Comme je le disais plus haut, je suis en volontariat dans un hostel à Hualien, le World Inn. En échange de quelques heures par jour, je suis logée sans frais. Je m’occupe du ménage, nettoyage, vaisselle, ordures (oui, à Taiwan, il ne fait pas manquer le camion à ordure qui fanfaronne comme le camion de glaces !) mais je fais aussi beaucoup de dessin.
Je me suis remise à dessiner grâce à mon hôte d’ailleurs. J’ai illustré des menus l’été dernier pour des événements qu’elle organisait toutes les deux semaines. Elle m’a d’ailleurs payé pour ce travail-là (et être payée pour mes petits dessins, ça a vraiment reboosté ma confiance en moi !) Puis j’ai commencé une collection de cartes postales, qu’elle m’aide à vendre dans l’hostel mais aussi dans les petits marchés d’artisanat (ou je vends aussi des mousses au chocolat et des biscuits de noël alsacien). C’est juste un peu d’argent de poche, mais j’en retire beaucoup de fierté !

Comment sont les démarches pour l’obtention du PVT ?
J’en avais fait tout un article l’année dernière, mais il est probable que les démarches aient évoluées entre temps (elles avaient évolué entre le moment de mon inscription à un rendez-vous et le rendez-vous en lui-même, j’ai dû me précipiter chez le médecin pour une radio !) mais grosso-modo, il faut faire une demande de rendez-vous au BRTF (Bureau de Représentation de Taipei en France, à Paris) sur ce site : https://visawebapp.boca.gov.tw.
Il y a un petit questionnaire à remplir, où il faut fournir une adresse à Taiwan (merci Hostelworld, Couchsurfing ou Workaway), et choisir une date de rendez-vous. Puis il y a un formulaire à imprimer et signer. Il faut y joindre son passeport, deux photos d’identité, un certificat d’assurance, un extrait de casier judiciaire de moins de 6 mois, un justificatif bancaire qui prouve que tu as au moins 2 100€ sur ton compte, un formulaire de visite médical, une lettre de motivation, et un chèque de 86€.
Il y avait une modalité qui m’avait posée problème : la preuve de réservation de billets d’avion aller/retour. En gros tu dois acheter ton billet avant même d’avoir ton visa entre les mains… Sachant qu’en plus, je ne voulais pas acheter mon retour tout de suite, au cas où je voulais rester un peu plus en Asie. Donc j’ai acheté mon billet aller, et un billet de sortie du territoire pour le Japon (très peu cher !) après 180 jours de PVT. Comme le PVT Taiwan est d’abord valable seulement 180 jours, et qu’il faut aller à l’immigration avant la fin de ces 180 jours pour le prolonger de 180 jours, je me suis dit qu’un petit séjour au Japon serait sympa.
Ensuite il suffit d’aller au BRTF à Paris, et le visa est prêt en 5 jours environ. Il y a un petit interrogatoire quand même, mais rien de bien méchant, juste quelques questions sur l’intérêt par rapport au pays et à la langue.

e pvt à taiwan valise volante par nasei

Comment est la relation avec les Taïwanais ? Est-ce difficile de s’intégrer ?
Oui et non. Les Taiwanais sont super chaleureux et accueillants, et la nouvelle génération maitrise plutôt bien l’Anglais, mais il y a des endroits, plus en campagne par exemple, où les gens ne parlent pas un mot d’Anglais. La barrière de la langue est un vrai problème pour s’adresser aux personnes plus âgées, de la génération de nos parents par exemple. Mais j’ai toujours réussi à me débrouiller !
On apprend assez vite quelques petits mots ici et là, à force de les entendre. Parfois j’utilise l’application Pleco (bien mieux que Google) et parfois de grands gestes ou des dessins suffisent. C’est embêtant lorsque l’on voudrait avoir une conversation plus poussée, et c’est pour ça que je recommande quand même de prendre quelques cours de Chinois sur place. Je ne l’ai pas fait, par manque de moyens financiers, et je le regrette un peu.

Y a t’il des grosses différences culturelles avec la France ?
Ah oui énormément ! Je voulais un choc culturel et je l’ai eu ! Le mélange de culture Chinoise, Japonais et aborigène est super intéressant ici. Il y a énormément de festivals et de fêtes (le Nouvel An, le festival de la Lune, la fête des Lanternes, etc.) et les habitudes de vie ne sont pas les mêmes.
Le travail et l’argent sont au centre de la vie Taiwanaise – ils n’ont presque pas de vacances – et la vie spirituelle y est très présente aussi. Il y a énormément de temples bouddhistes et taoïstes, avec toutes les coutumes qui vont avec. C’est super intéressant de pouvoir s’y balader avec des locaux qui t’expliquent comment faire des vœux avec le dieu des relations amoureuses, ou demander de quoi son avenir sera fait en lançant deux morceaux de bois rouges en forme de demi-lunes.
La nourriture est aussi omniprésente à Taiwan -et quel délice, je pouvais pas rêver un plus succulent choc culturel ! On trouve dans chaque ville des marchés de nuits, avec des étals de bouffe à perte de vue. Les spécialités locales sont délicieuses, et si on s’y penche de près, on découvre que presque chaque plat possède une signification particulière, pour la santé, ou pour la chance. Il y a des restaurants partout (PARTOUT !) ainsi que des ‘convenient stores’ ces petits magasins de proximité ouverts 24h/24 qui vendent de tout (des nouilles instantanées, des boissons, des œufs, de la soupe, du maquillage, du pâté pour chien, des parapluies, etc) donc il est impossible à Taiwan de ne pas trouver à manger, même à 3h du matin.
Je ne mangeais déjà presque plus de viande en arrivant à Taiwan, et c’est ici que je suis devenue végétarienne à plein temps. Certains Taiwanais me demandent si ce n’est pas difficile, mais honnêtement je ne trouve pas. Comme beaucoup de bouddhistes sont végétariens et que la majorité des Taiwanais suivent un régime végétarien quelques jours par-ci par-là (pour se purifier, ou pour des raisons de santé), il y a des buffets végétariens un peu partout (et souvent près des temples). La cuisine végétarienne ici est riche, puisque le tofu est cuisiné à toutes les sauces. Il y a aussi beaucoup de légumes inconnus, comme le taro, cette patate douce verte, et toutes ces feuilles bouillies que je n’ai jamais vues en France.
Il y a peu de plats traditionnellement sucrés (en exceptant les barres chocolatées que l’on trouve dans les ‘convenient stores’ justement et les pâtisseries que l’on trouve en boulangerie), les desserts sont souvent à base de haricot rouge ou de pâte de riz gluante (comme les fameux mochi japonais). D’ailleurs j’ai réduit toutes les portions de sucre de mes desserts français, sinon mes hôtes allaient faire de l’hyperglycémie.
Les Taiwanais sont aussi très dociles lorsqu’il s’agit de faire la queue, pour prendre les transports, et pour patienter à la caisse, ou à l’entrée d’un restaurant – ce que l’on retrouve aussi au Japon. Il n’y a presque pas de poubelles dans les espaces publics mais les rues sont propres. D’ailleurs, le système de ramassage d’ordures est assez folklorique, avec les camions qui passent plusieurs fois en soirée (et en musique !), on voit souvent les gens courir après les camions.

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Quels sont les lieux que tu préfères ?
Je suis vraiment tombée amoureuse de la côte Est (c’est pour ça que j’ai choisi de vivre à Hualien d’ailleurs !) C’est la côte plus sauvage, plus naturelle, comparée à la côte ouest qui ressemble plutôt à une succession de grosses villes. Le Parc National de Taroko est une merveille, célèbre pour ses gorges et ses ponts suspendus. J’y suis déjà allée une dizaine de fois, je ne m’en lasse pas ! Il y a ce petit village aborigène, entre Hualien et le Parc de Taroko justement, appelée Sanzhan : là c’est mon endroit préféré dans tout Taiwan. On peut se baigner dans le fleuve, en admirant les montagnes.
Depuis Taitung, on peut rejoindre l’île de Lanyu en ferry, aussi appelée l’île des Orchidées. J’y ai passé une semaine en septembre, j’ai d’ailleurs fait le tour de l’île à pied, et quelle expérience ! J’y ai rencontré des personnes adorables et inspirantes, j’en ai pris pleins les yeux et j’ai beaucoup appris sur la culture Tao et la culture aborigène en général à Taiwan. Parce que oui, il y a une vingtaine de tribus aborigènes à Taiwan, et l’une d’elle vit à Lanyu. Leur culture a été la mieux préservée, et on peut y admirer de superbes canoës avec des gravures.
Sur la côte ouest, j’ai eu un énorme coup de cœur pour Tainan, l’ancienne capitale. Il y a beaucoup de temples anciens dans la ville, de vieux bâtiments datant de l’époque coloniale hollandaise et japonaise, c’est un vrai pôle culturel ! Il y a beaucoup de petites allées où aller se perdre à Tainan, et la nourriture y est délicieuse ! On parle de Tainan comme la capitale de la gastronomie taiwanaise.
Lorsque deux de mes amies de France sont venues visiter Taiwan, nous sommes allées passer deux jours à Alishan, dans la montagne. La région est superbe ! Il y a des forêts de conifères, des petits chemins de randonnée dans les forêts, de superbes levers de soleil, et un petit train qui se balade dans ce paysage féérique.

As-tu vécu des rencontres fortes / enrichissantes ?
TELLEMENT ! (A nouveau haha !) Tout d’abord, il y a cette taiwanaise, Vita, que j’ai rencontrée grâce à Couchsurfing et qui m’a accueillie chez elle comme un nouveau membre de sa famille. Sa mère ne parle pas Anglais, mais elle est toujours super enthousiaste de me voir, et c’est une cuisinière hors pair. Vita aime beaucoup accueillir des Couchsurfeur chez elle d’ailleurs, pour leur montrer sa ville et la culture taiwanaise. C’est la première amie que je me suis faite à Taiwan, le genre d’amitié indéfectible. Elle me dit toujours ‘tu viens quand tu veux, c’est ta maison’.
Ensuite, il y a une autre raison que les paysages qui m’ont fait rester à Hualien. C’est que je me suis retrouvée dans un Workaway dans le meilleur hostel du monde, un hostel géré par un couple de taiwanais, Una et Aga. Aga est souvent en déplacement puisqu’il est guide touristique, et c’est Una qui gère le World Inn. Eux aussi ils m’ont accueillie comme un nouveau membre de leur famille, m’encourageant à cuisiner, à dessiner, à donner des cours d’Anglais, à écrire. Pendant tout l’été, nous étions aussi une équipe de volontaires du tonnerre, et j’ai passé un des meilleurs étés de ma vie avec eux. Après quelques mois en fin d’année dernière à barouder, je suis revenu là-bas mi-décembre pour passer les fêtes avec eux, et j’y suis restée ! On a même partagé le Nouvel An Chinois ensemble, comme une famille !
Et évidemment à Lanyu… grâce au Couchsurfing encore une fois, j’ai pu partager énormément avec les locaux, et des taiwanais vivant sur l’île. J’y ai vécu des moments magiques, tout spécialement au bar de mon hôte, le Do Van Wa, en bord de mer, où trois soirs par semaine, il y avait des concerts, et parfois des chants traditionnels.
Avec ton recul d’expatriée, que penses-tu de la France d’aujourd’hui ?
C’est une question difficile. Ces dernières années, j’ai tout vécu depuis l’étranger : les attentats, les élections. Ça me laisse toujours un goût amer dans la bouche. Quand je parle de la France, je préfère parler de la richesse de notre culture (surtout gastronomique) plutôt que de politique. Mes interlocuteurs sont surpris lorsque je leur parle de racisme, de discriminations, de chômage, de pauvreté, d’insécurité. La France a un rayonnement international très fort, il s’agit pour beaucoup d’un idéal de liberté, de solidarité, de richesse. Je trouve qu’on a encore beaucoup de chemin à faire pour rejoindre ces idéaux, et qu’on avance pas vraiment dans la bonne direction. Attention, je ne suis pas en train de dire que la politique néo-zélandaise ou taiwanaise soient bien mieux, mais voyager permet de prendre du recul sur nos chances, mais aussi sur les points à améliorer.

e pvt à taiwan valise volante par nasei

Quels sont tes projets d’avenir ?
C’est flou ! Je viens de m’inscrire à l’Alliance Française pour passer le test d’entrée du DAEFLE, un cursus de cours par correspondance qui me permettrait par la suite de donner des cours de Français dans les Alliances Françaises du monde entier. En parallèle, je suis tombée amoureuse lors de mon Workaway à Kyoto, et cette personne me demande de le rejoindre dans son voyage en Amérique Latine… donc je vais peut-être me laisser tenter !

Aurais-tu des conseils, bons plans, à donner aux lecteurs de Valise Volante qui souhaiteraient suivre ton exemple ?
Je conseillerais vivement aux futurs PVTistes à Taiwan de prendre quelques cours de Chinois avant de venir ou une fois sur place. Avoir quelques bases c’est quand même mieux pour essayer de trouver un job, ou même tout simplement commander au restaurant. De même, je conseillerais de se pencher sur l’histoire de Taiwan qui est super intéressante et permet de mieux comprendre les enjeux de Taiwan aujourd’hui, sa position face à la Chine, mais aussi ses différents héritages. (Il y a une BD super à lire pour mieux comprendre : Formose, de Lin Li-Chin que je conseille vraiment !)
Et aussi, n’hésitez pas à sortir de Taipei ! La capitale est certes attractive, mais la campagne taiwanaise a tellement plus à offrir.
Je conseille aussi de voyager en bus et en train local. C’est plus lent, mais aussi beaucoup moins cher. Et comme l’île est petite, les distances ne sont pas si longues de toutes façons.
Et sinon, bien faire tamponner la case « scooter » dans son permis international, c’est le moyen de transport par excellence ici !

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