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Vie de prof FLE, par Sophie – part.2 KIRGHIZSTAN ET MONGOLIE

Suite de notre série sur l’incroyable parcours de Sophie. Après avoir vécu à Prague et en Allemagne, elle poursuit son voyage vers le Kirghizstan et la Mongolie. Deux destinations pas communes pour cette prof de choc que rien n’arrête !

>>> lire le 1er article : Vie de professeur expatriée par Sophie, partie 1 : Prague.


Sophie, peux tu rapidement te présenter (pour rappel des articles précédents) ?
Graphiste de formation, je suis désormais prof de FLE (français langue étrangère) depuis plus de 18 ans maintenant. Expatriée au long cours et voyageuse passionnée, je cumule 17 ans au total d’expatriations diverses et variées dont 14 années passées non-stop hors de France.

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Dans quel contexte t’es tu retrouvée aux Kirghizstan ?
Le Kirghizstan ça a été par défaut, en effet j’ai découvert la Mongolie en 2009 et après mon second voyage dans ce pays en 2011, je souhaitais y retourner, mais cette fois pour y vivre. Durant ce séjour d’hiver en 2011, j’y ai cherché un travail, mais en vain. Alors voulant à tout prix quitter l’Allemagne, j’ai commencé à regarder les possibilités d’emploi en Asie centrale et j’ai alors été attirée par le Kirghizstan. Je ne savais pas grand chose de ce petit pays, ex-république de l’Union soviétique, mais l’Asie centrale me fascinait et le mode de vie traditionnel kirghize ressemblait fortement à celui des nomades mongols.

Au printemps 2012, c’est suite à la réponse positive de ma candidature spontanée que j’ai trouvé un poste de prof de français à l’Université Internationale du Kirghizstan à Bichkek. Les échanges d’emails avec la directrice étaient prometteurs : salaire local mais logement gratuit et cours de russe également gratuits. Donc mon déménagement fut prévu pour l’été.

C’est une destination très atypique, comment a réagit ton entourage à l’annonce de ton départ ?
Alors quand j’ai dit à mes amis que j’allais m’expatrier au Kirghizstan, j’ai eu droit à des regards plus qu’étonnés. Beaucoup me voyaient déjà au Kurdistan, voire même chez les Talibans en Afghanistan… ou en tout cas dans un pays inconnu et forcément dangereux où l’insécurité règne à chaque coin de rue !!!

N’ayant aucune famille en France où stocker mes affaires, avant mon départ j’ai du me séparer de tous mes biens matériels : meubles, livres, vaisselle, bibelots, etc. Je ne devais partir qu’avec l’essentiel, exactement comme les nomades que j’avais découverts en Mongolie.

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Comment se sont déroulés les premiers jours sur place ?
Le premier jour, l’accueil fut vraiment chaleureux et la directrice en personne est venue me chercher à l’aéroport, m’a invitée chez elle à déguster la spécialité locale : « le beschbarmak », un plat composé de viande de mouton, de pâtes, de carottes et d’oignons et qu’on mange avec les « cinq doigts ». Arès ce petit déjeuner plus que roboratif, elle m’a conduite dans un petit appartement (à la propreté douteuse) qui lui appartenait pour que je puisse me reposer quelques heures avant de me montrer mon futur logement gratuit.

T’es-tu rapidement accoutumée à la culture locale ? Comment était ton quotidien ?
En fait le logement, il s’agissait d’un appartement quasi insalubre que je devais partager avec trois jeunes profs chinoises, alors que jamais il n’avait été question d’un appartement en colocation ! Refusant sa proposition, elle m’a reconduite à son appartement qu’elle a déclaré pouvoir me louer pour un loyer modeste de 250 US$… sachant que mon salaire allait être de 170 US$, c’était une vraie escroquerie !

Mais après une nuit de voyage et ignorant tout de la ville, que pouvais-je faire d’autre que d’accepter ?! Donc pour subvenir à mes besoins, j’ai très vite dû trouver un second travail. Rapidement j’ai compris, qu’en tant qu’étrangère, j’étais considérée comme obligatoirement « riche » et donc que pour tout j’allais devoir payer plus cher !

Comment se déroulait ton travail comparativement à tes expériences précédentes ?
Avec ce travail à l’université, j’ai découvert qu’en Asie centrale les gens ont un rapport tout différent au temps et que l’organisation et la planification ne sont pas leurs spécialités. Du coup, j’ai appris la patience, la vraie, celle qui vous met à l’épreuve et sur les nerfs.

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Bref, mon quotidien s’est vite révélé épuisant tant physiquement que psychologiquement, car je devais courir d’un job à l’autre sans savoir comment à la fin du mois comment j’allais payer mon loyer ou même manger le lendemain.

Donc, même si j’avais signé un contrat d’un an, je suis partie au bout de six mois en devant batailler et menacer d’appeler l’ambassade de France pour récupérer mon passeport. A ce moment-là, j’avais vraiment le sentiment que je devais sauver ma peau de cette situation destructrice.

Qu’est ce qui t’as profondément marquée dans ce pays ?
Malgré toutes ces difficultés, j’ai rencontré des gens adorables qui m’ont aidée et je dois ici remercier et rendre hommage à Naguima sas qui je n’aurais jamais pu m’en sortir. Elle m’a hébergée et aidée dans toutes mes démarches me permettant d’aller en Mongolie : visa, voyage à Almaty, expédition de mes affaires… Mais ayant perdu énormément d’argent au cours de ces six mois de survie, c’est surtout grâce à la solidarité et la générosité d’amis et connaissances que j’ai réussi à payer mon billet d’avion pour Ulaan Baatar.

J’ai aussi vu des paysages fantastiques, participé au sauvetage d’un chien au lac Issyk Kyl, été invitée dans les familles de mes étudiantes et garder des contacts avec certaines d’entre elles, dont une notamment que j’ai retrouvée à Moscou il y a quelques mois.

Ce pays m’a appris à demander de l’aide, à m’en remettre aux autres et surtout à faire confiance à la vie et à ce et ceux qu’elle met sur mon chemin. Mais ça a aussi été une vraie leçon de patience et d’humilité.

Et puis j’ai compris que l’expression vouloir partir « à tout prix », a vraiment un sens… et un coût !


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Par la suite tu t’es dirigée vers la Mongolie, comment cette transition s’est déroulée ?
Après cette expérience kirghize éprouvante à bien des points de vue, je suis arrivée en Mongolie comme libérée d’un poids énorme. Et contrairement au Kirghizstan, je connaissais déjà le pays et y avais des contacts, donc mon arrivée à Ulaan Baatar fut relativement facile.

Rapidement une jeune femme mongole, rencontrée lors de mon premier voyage en 2009, s’est rapprochée de moi pour que je l’aide à développer son agence de voyage. Elle m’a aidée à obtenir un permis de séjour de volontaire non-salariée me permettant ainsi de pouvoir rester en Mongolie de manière légale. Mais pour subvenir à mes besoins, c’est au noir que j’allais travailler durant les 18 mois de mon séjour en Mongolie, tantôt comme prof d’allemand pour une petite école de langues, tantôt comme prof de français en donnant des cours privés, mais aussi en tant qu’agent de voyage. J’ai appris beaucoup en travaillent dans cette agence de voyage et j’ai énormément découvert ce pays trois fois grand comme la France. J’ai rencontré beaucoup de familles nomades et partager avec eux un peu de leur vie et chacun d’eux m’a enseigné quelque chose d’essentiel sur la vie : savoir vivre avec juste ce qui est nécessaire, comprendre que le bonheur n’est pas une quête mais un enchaînement de petits faits à savourer chaque jour, et surtout l’attachement à une terre, à des racines.

Mais très vite cette situation s’est avérée aussi inconfortable que ce que j’avais vécu et fui au Kirghizstan ! Mais le but de mon séjour en Mongolie était tout autre : j’étais dans ce pays afin de poursuivre mon initiation chamanique. C’est ce que j’ai fait… de manière parfois un peu étrange. Et cet enseignement m’a menée jusqu’en Sibérie sur les bords du lac Baïkal où j’ai rencontré le chaman le plus humble et honnête qu’il m’ait été donné de croiser. Les deux jours passés en sa compagnie et le rituel fait ensemble ont été l’une des plus belles leçons de vie que j’ai reçue. Et jusqu’à aujourd’hui je garde dans mon cœur un souvenir toujours ému de Boris et de sa famille.

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Bref, en Mongolie j’ai réalisé que là aussi quand on est Occidentale, les locaux cherchent toujours à voir de quel moyen ils peuvent vous utiliser. Donc après ces 18 mois en Mongolie, je suis rentrée en Europe déçue, épuisée et avec juste 200 euros en poche.

Malgré toutes ces difficultés, je garde de la Mongolie ces merveilleux moments d’intense liberté dans la steppe, cette nature encore vraiment sauvage dans laquelle on se sent tout petit, mais pleinement soi-même.

Pour conclure, je voudrais mettre en garde ceux qui combien de fois m’ont déclaré : « Oh, tu vis en Mongolie, quelle chance tu as ! » en leur disant qu’entre le fantasme qu’ils ont de ce pays ou la vision qu’ils en ont rapportés de leur voyage ou des reportages diffusés à la télé, n’a absolument rien à voir avec la réalité que l’on peut vivre quand on réside dans ce pays.


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expérience de travail à prague professeur FLE expatrié

Vie de professeur expariée, par Sophie – part.1 PRAGUE

Cette semaine nous débutons une nouvelle série autour du parcours de Sophie. Serial expat, c’est par Prague qu’elle nous emmène d’abord pour son premier pays d’adoption. Une histoire de vie passionnante à dévorer sans retenue 🙂


Sophie, peux tu te présenter ?
Graphiste de formation, je suis désormais prof de FLE (français langue étrangère) depuis plus de 18 ans maintenant. Expatriée au long cours et voyageuse passionnée, je cumule 17 ans au total d’expatriations diverses et variées dont 14 années passées non-stop hors de France.

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Pourquoi avoir choisi de vivre à Prague ?
J’ai découvert Prague lors d’un premier voyage durant les vacances de Pâques 1994 et j’ai eu un vrai coup de foudre pour cette ville. J’ai été immédiatement séduite par son architecture, son atmosphère et sa langue que j’ai eue, très rapidement, envie d’apprendre. Donc durant l’été j’ai décidé de prendre un mois de cours intensif de tchèque à l’université Charles de Prague. Et c’est durant ce séjour que l’envie de venir vivre une année dans ce pays, s’est précisée.
A l’époque j’habitais à Toulouse et je travaillais comme graphiste free-lance, j’étais donc libre de quitter la France et mon job quand je le souhaitais. Et tout s’est mis en place tellement vite et si facilement que c’en était presque incroyable.
Et en octobre 1994, je m’installais dans la capitale tchèque y ayant trouvé un poste de graphiste pour un magazine économique édité par un Français et rédigé en anglais et tchèque.
Et ce séjour qui ne devait durer qu’une année s’est prolongé et je suis finalement restée trois ans à Prague.

expérience de travail à prague professeur FLE expatrié

Comment as-tu vécu la situation économique et politique du pays (en 1994) ?
Vivre dans un pays d’ex-Europe de l’est si peu de temps après la chute du Mur et encore en pleine guerre d’ex-Yougoslavie, ça semblait complètement surréaliste pour mon entourage et surtout extrêmement dangereux ! Nous autres, qui avions grandi à « l’Ouest », nous avions une telle méconnaissance de cette Europe-là !
Il m’a fallu m’adapter non pas tellement à un changement radical de culture, mais plutôt à un changement total de mentalité et de système. Dans les administrations, les services publics, tout était encore empreint de l’ancien système communiste. Là j’ai commencé à apprendre la patience…

As-tu des anecdotes à nous raconter sur ta vie à Prague ?
Après ce premier job trouvé rapidement, j’ai changé de travail pour une agence allemande de communication et là j’avais un salaire qui m’assurait un bon niveau de vie en République tchèque, donc mon quotidien était relativement facile. Cela dit, les premiers mois, la barrière de la langue était souvent un obstacle. Mais parfois ça donnait lieu à des situations cocasses… comme par exemple, le jour où j’ai voulu cuisiner une spécialité locale à une amie venue me rendre visite. Très fière de mois, j’avais acheté tous les ingrédients pour lui préparer un « gulaš y knedliky », mais n’ayant pas tout compris de l’étiquette, j’avais acheté des knedliky sucrées fourrées à la confiture… avec le ragoût de bœuf c’était plus qu’inattendu !

Et puis en vivant dans un quartier populaire à 20 minutes du centre ville, j’ai découvert une vie communautaire où les voisins s’entraident et partagent beaucoup de choses. Par exemple, ma voisine m’offrait régulièrement des fleurs du jardin commun de notre petit immeuble.
Mais ces trois années passées à Prague m’ont surtout appris à relativiser, à sortir des vieux schémas typiquement français qui font qu’on râle pour un rien et à réaliser la chance d’être née en France où finalement nous avons accès à tout plus ou moins facilement. Et puis vivre dans un pays étranger dont il faut apprendre la langue, ça m’a obligée à sortir de mes habitudes pour aller vers les autres, aller véritablement à leur rencontre, car apprendre une langue c’est aussi apprendre une nouvelle culture. Et j’ai découvert que j’adorais ça ! Bref, ça m’a appris à comprendre ce que c’est qu’être une étrangère.

expérience de travail à prague professeur FLE expatrié

Qu’as-tu fait après tes 3 ans à Prague ?
De retour en France, quand j’ai vu dans le journal de ma commune qu’une association cherchait des bénévoles pour donner des cours de français, je n’ai pas hésité, je me suis tout de suite proposée, car je venais d’être confrontée à cette situation de non maîtrise de la langue du pays dans lequel j’avais vécu. En plus là il s’agissait d’enseigner à des immigrés et notamment à des réfugiés venus d’ex-Yougoslavie donc cela me touchait d’autant plus. Au fil des mois en donnant ces cours, je me suis rendue compte que là j’étais vraiment utile, bien plus quand dans mon métier de graphiste. Alors quand l’occasion s’est présentée, je suis repartie un an sur les bancs de la fac et j’ai fait un cursus de spécialisation en illettrisme et alphabétisation. Et à la fin de cette année d’étude, j’ai changé de métier pour devenir formatrice dans ce domaine.

Qu’est ce qui ‘as finalement fait repartir vivre à l’étranger après cette formation ?
Puis c’est une rencontre amoureuse qui m’a fait repartir à l’étranger, mais cette fois beaucoup moins loin, puisque je me suis installée à Bruxelles. Donc en 2004, après deux années d’aller-retour réguliers entre Limoges et Bruxelles, j’ai choisi de m’installer dans la capitale belge. Pour moi vivre dans un pays « du nord » était quelque chose que je n’avais jamais envisagé… mais souvent la Vie décide du chemin que nous devons prendre. Et finalement j’ai découvert une ville très agréable avec une belle qualité de vie. Puis je me suis fait de très bons amis belges dont j’apprécie l’humour et la convivialité. Et aujourd’hui encore quand je rentre en Europe, j’ai plaisir à les retrouver.
Mais vivre une relation à distance et changer cela pour une relation au quotidien s’est avéré plus difficile que nous l’avions imaginé. Alors après deux ans de vie commune nous nous sommes séparés et j’ai cherché un travail ailleurs qu’en Belgique, mais je n’avais pas envie de rentrer en France. J’avais attrapé le virus de l’expatriation.

expérience de travail à prague professeur FLE expatrié
Tu ne t’es pas arrêtée à là, au lieu de rentrer en France où est tu allée ?
C’est alors que j’ai obtenu un poste pour un an au Luxembourg dans une école de langues, mais j’ai choisi de vivre en Allemagne. D’abord pour des raisons financières, mais aussi parce que l’Allemagne est un pays que j’affectionne tout particulièrement et c’est le premier pays étranger dans lequel j’ai voyagé quand j’avais 17 ans et j’ai gardé avec ce pays un rapport très affectif.
Puis au bout de 6 ans à faire la navette Luxembourg-Allemagne pour le travail, l’envie de repartir, plus loin cette fois, s’est faite de plus en plus pressante. Donc en 2012 j’ai refait mes valises…

Pourquoi avoir choisi de t’expatrier ?
Toutes ces expatriations ont été des choix personnels, des choix de vie dans des endroits qui m’attiraient, que j’avais envie de découvrir. Et, à mon avis, le secret d’une expatriation réussie réside en partie dans le fait de choisir de s’expatrier et non de le subir.

N’ayant malheureusement pas de photo de l’expérience de Sophie, les photos de cet article sont issues du site Pixabay.


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